27 juin 2017

Kenya

« Dida », le petit candidat musulman qui se rêve président du Kenya (27.06.2017)

Dans un pays à majorité chrétienne, Mohammed Abduba Dida, d’origine somali, se présente au scrutin du 8 août comme le champion de tous les « exclus ».

Par Bruno Meyerfeld (contributeur Le Monde Afrique, Nairobi)

LE MONDE Le 27.06.2017 à 17h57

Affiche de campagne de Mohammed Abduba Dida, candidat musulman à la présidentielle kényanne.
La scène se déroule il y a quelques jours à peine, en plein ramadan. Il est 19 heures : l’heure de l’iftar a sonné sur Nairobi. A l’Intercontinental, hôtel chic du centre-ville, on a organisé une soirée de rupture du jeûne. Les chefs de clan somali à la barbe fournie sourient à des jeunes femmes en hijab coloré, tapent dans le dos d’hommes d’affaires en costume brillant. On rit. On blague entre deux coups de fourchette. Dans cette grande salle sans fenêtre, à la moquette couleur sable, le monde musulman kényan goûte à un entre-soi bien sucré.

Affiche de campagne de Mohammed Abduba Dida, candidat musulman à la présidentielle kényanne.

Alerte aux écrans pour les enfants

http://www.lemonde.fr/sciences/article/2017/06/26/alerte-aux-ecrans-pour-les-enfants_5151417_1650684.html
Des tout-petits présentent des symptômes évoquant un syndrome autistique, attribués à leur surexposition numérique et à celle de leurs parents.

LE MONDE SCIENCE ET TECHNO | 26.06.2017 à 18h11 • Mis à jour le 27.06.2017 à 11h53 | Par Sandrine Cabut et Pascale Santi

Smartphone ou tablette font aujourd’hui bien souvent fonction de tétine.

Smartphone ou tablette font aujourd’hui bien souvent fonction de tétine.

Une exposition massive aux écrans chez les tout-petits induirait-elle des troubles de type autistique ? L’hypothèse, formulée par des professionnels de terrain, fait le buzz sur les réseaux sociaux et suscite des réactions contrastées dans la communauté médicale.

C’est une évidence, les écrans prennent de plus en plus de place dans la vie familiale. Smartphones ou tablettes font aujourd’hui bien souvent fonction de tétine, permettant d’occuper voire de calmer les bébés. Des modèles spécifiques de tablettes sont même en vente pour les moins de 4 ans. Sans compter les expositions indirectes, à tout âge : télévision allumée en permanence, ­parents moins présents pour l’enfant, car focalisés sur leur propre écran.

Dans une tribune publiée dans Le Monde (cahier « Science & Médecine » du 31 mai), une dizaine de soignants, médecins de la protection maternelle et infantile (PMI), pédiatres, psychologues ou ­encore orthophonistes, alertaient sur « les graves effets d’une exposition massive et précoce des ­bébés et des jeunes enfants à tous types d’écrans ».

Dès mars, l’une des signataires de ce texte, le docteur Anne-Lise Ducanda, médecin de PMI dans l’Essonne, avait posté une vidéo surYouTube où elle faisait le lien entre des troubles du spectre autistique etl’exposition numérique.

« Six heures à douze heures par jour »

« Les enfants en grande difficulté sont très souvent exposés massivement aux écrans, de six heures à douze heures par jour », soulignait Anne-Lise Ducanda, tout en décrivant des améliorations spectaculaires avec un sevrage des écrans. Elle soulignait aussi les risques de diagnostic erroné d’autisme posé sur ces enfants. Après cette vidéo, vue près de 100 000 fois, et la tribune, les réactions ont afflué, de la part de parents, de professionnels…

D’autres signataires de la tribune font le même constat. Lorsque Sabine Duflo, psychologue clinicienne en région parisienne, reçoit...


« Assassinats ciblés »: « Ces opérations ne peuvent pas être encadrées »

Pour le chercheur Olivier Chopin, spécialiste du renseignement, les « opérations homicides » relèvent avant tout de la raison d’Etat qui, par principe, est une négation du droit.

LE MONDE | 04.01.2017 à 06h39 • Mis à jour le 04.01.2017 à 14h00 | Propos recueillis par Gaïdz Minassian

« Ce n’est ni un réconfort ni une excuse, mais la France a ses « assassinats ciblés » comme nos alliés dans la lutte contre le djihadisme ont leur targeted killings » (Photo: un drone MQ-1B de l’armée de l’air américaine lors d’un entraînement au Nevada, en octobre 2015).
« Ce n’est ni un réconfort ni une excuse, mais la France a ses « assassinats ciblés » comme nos alliés dans la lutte contre le djihadisme ont leur targeted killings » (Photo: un drone MQ-1B de l’armée de l’air américaine lors d’un entraînement au Nevada, en octobre 2015).

Docteur en science politique, Olivier Chopin est chercheur associé à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) et chargé de cours à Sciences Po. Spécialiste de la raison d’Etat, il a publié Renseignement et sécurité, chez Armand Colin, en 2016.

L’expression « assassinats politiques » vous semble-t-elle appropriée ?


Justice et terrorisme

Terrorisme : la peur des magistrats (19.01.2017)
Depuis quelques mois, certains de ceux qui traitent ces affaires ont demandé que leur nom ne soit plus cité dans les comptes rendus d’audience écrits ou réalisés par les journalistes.

LE MONDE | 19.01.2017 à 11h03 • Mis à jour le 20.01.2017 à 07h49 | Par Jean-Baptiste Jacquin

A Paris le 16 janvier.
A Paris le 16 janvier.

Les magistrats sont des citoyens comme tout le monde, et à eux aussi, le terrorisme fait peur. Depuis quelques mois, certains de ceux qui traitent ces affaires ont demandé que leur nom ne soit plus cité dans les comptes rendus d’audience écrits ou réalisés par les journalistes. Des magistrats de la section antiterroriste du parquet de Paris, ceux qui portent l’accusation devant la chambre du tribunal correctionnel spécialisée dans le terrorisme, l’ont ainsi fait savoir directement auprès de journalistes ou par le biais de l’Association de la presse judiciaire, début janvier. Certains magistrats du siège, ceux qui jugent, se demandent également s’ils ne feraient pas mieux se glisser dans l’anonymat, à l’abri de leur robe.

« C’est la République qui recule »

« A quoi bon exposer inutilement des magistrats », plaide Catherine Champrenault, procureure générale à la cour d’appel de Paris. Selon elle, aucune consigne n’a été donnée au sein du parquet où chaque procureur, vice-procureur ou substitut est libre d’exprimer ce souhait d’anonymat. Depuis l’attentat de Magnanville en juin 2016, où un policier et sa compagne également fonctionnaire dans un commissariat ont été sauvagement tués chez eux, la peur de représailles ciblées a gagné. Dans la police d’abord. Dans la justice aussi. Certaines enquêtes ouvertes depuis accréditent ce risque de magistrats identifiés parmi les cibles envisagées par des individus liés au terrorisme.

« C’est la justice et donc la République qui recule face au terrorisme », dénonce un haut magistrat parisien… qui préfère rester anonyme de peur de s’attirer les foudres, qui ne sauraient pourtant être que verbales, de ses collègues.

La question de cet anonymat divise d’autant plus qu’il gagne d’autres maillons de la chaîne judiciaire. Le projet de loi gouvernemental réformant la légitime défense des policiers, voté mercredi 18 janvier par la commission des lois du Sénat, prévoit également d’étendre la possibilité...


Irak

A Mossoul, les forces spéciales irakiennes se préparent à reprendre le dernier carré de l’EI
Les forces antiterroristes s’apprêtent à donner l’assaut sur le secteur de la mosquée Al-Nouri, détruite à l’explosif par les djihadistes.

Le Monde | 27.06.2017 à 12h12 • Mis à jour le 27.06.2017 à 14h52 | Par Hélène Sallon (Mossoul (Irak), envoyée spéciale)

Dans le quartier de Mouchahada, à Mossoul, le 26 juin. Les forces spéciales irakiennes font une reconnaissance par drône de la zone de la mosquée Al-Nouri, qu'ils s'apprêtent à attaquer.

Dans le quartier de Mouchahada, à Mossoul, le 26 juin. Les forces spéciales irakiennes font une reconnaissance par drône de la zone de la mosquée Al-Nouri, qu'ils s'apprêtent à attaquer.

Le socle d’Al-Hadba, reconnaissable à ses motifs géométriques, apparaît à plusieurs dizaines de mètres dans le trou que les snipers des forces antiterroristes irakiennes ont creusé dans un mur. C’est tout ce qu’il reste de « la Bossue », ce minaret penché du XIIe siècle emblématique de Mossoul, après que l’organisation Etat islamique (EI) a fait exploser le complexe de la mosquée Al-Nouri, le 21 juin au soir. La destruction de la mosquée, dont seul trône encore le dôme vert, a ôté un peu de sa saveur à l’offensive qui s’annonce contre le dernier carré de l’EI à Mossoul.


Boko Haram (Nigeria)

Boko Haram, une bombe à fragmentation qui menace toute l’Afrique de l’Ouest

Entre Maiduguri et Boko Haram, une lutte à mort (3/5). Eclaté en plusieurs factions, le groupe djihadiste né au Nigeria cherche à étendre son champ d’action.

Par Joan Tilouine (Maiduguri, Nigeria, envoyé spécial)

LE MONDE Le 27.06.2017 à 19h20 • Mis à jour le 27.06.2017 à 19h24

Après un attentat-suicide à Maiduguri, le 8 juin 2017.
Après un attentat-suicide à Maiduguri, le 8 juin 2017.

« Celui qui dit “le conflit est fini” ment. Boko Haram est loin d’être mort. » Dans son fastueux bureau, au premier étage d’une grande villa surprotégée de Maiduguri, Kashim Shettima, le gouverneur de l’Etat de Borno, dans le nord-est du Nigeria, ne peut que contredire l’armée et le chef de l’Etat. Ceux-ci ont annoncé à plusieurs reprises avoir « défait techniquement » le groupe terroriste qui, en 2009, après l’assassinat de son fondateur, Mohamed Yusuf, par les forces de sécurité, avait lancé depuis cette même ville son djihad meurtrier.


Génocide au Rwanda (1994)

Génocide au Rwanda : un ordre officiel de l’Elysée accablant pour Paris (Le Monde, 27.06.2017)

Selon la revue « XXI », un ordre officiel avait été donné pendant l’opération « Turquoise » de réarmer les génocidaires des Tutsi, quelques mois après les massacres.

LE MONDE Le 27.06.2017 à 10h53 • Mis à jour le 27.06.2017 à 18h04


Photo datée du 3 juillet 1994, sur laquelle des soldats français arrivent à un camp de réfugiés à Butare.
Photo datée du 3 juillet 1994, sur laquelle des soldats français arrivent à un camp de réfugiés à Butare.

La revue XXI publie, mercredi 28 juin, une enquête sur le rôle de la France lors du génocide des Tutsi du Rwanda en 1994, qui affirme que les autorités françaises ont sciemment réarmé les responsables des massacres, violant ainsi l’embargo sur les armes décrété par l’Organisation des Nations unies (ONU) dans ce pays d’Afrique de l’Est.


“Les djihadistes méritent la peine de mort civile” - Entretien avec le philosophe Yves Michaud

https://www.causeur.fr/yves-michaud-daech-immigration-islam-42730.html


Publié le 21 février 2017 / Politique
Yves Michaud. Photo: Hannah Assouline.
Causeur. Vous n’y allez pas de main morte dans votre dernier livre, Citoyenneté et loyauté (Kero, 2017) : déchéance de la nationalité infligée à tous les terroristes, prestation solennelle de serment républicain, peine de mort civile, etc. Votre fermeté nous réjouit mais, a-t-on juridiquement le droit de créer des apatrides ?
Yves Michaud. Evidemment ! La France a certes signé mais jamais ratifié la Convention de New York de 1961 sur la réduction des cas d’apatridie. Le statut d’apatride est protecteur, mais il fait de vous un étranger, avec les droits d’un étranger, sans accès à la Sécurité sociale ni aux droits sociaux, un peu comme moi quand je vis en Espagne. Evidemment aussi, un apatride a des droits de résidence et de voyage mais il lui faut demander des documents de circulation spéciaux chaque fois renouvelables qui permettent sa surveillance. Aujourd’hui, certains continuent à toucher le RSA alors qu’ils sont à Raqqa ! Je ne vois pas non plus pourquoi aussi Salah Abdeslam garderait tous les bénéfices de la citoyenneté française comme l’aide juridictionnelle. Qu’il demande au Qatar ou au CCIF de lui payer un avocat …















Ne reconnaissez-vous pas un minimum de droits de l’homme, un noyau inaliénable assuré même aux pires spécimens de l’humanité ? Même les criminels de guerre nazis n’ont pas payé les honoraires de leurs avocats à Nuremberg…     
Si c’est juste une question d’avocats… Rappelons quand même que quelques-uns de ces criminels ont été pendus à la suite du procès de Nuremberg.
De la « mort civile » à l’exécution physique, il y a un pas que vous franchissez allègrement. La peine de mort serait-elle la seule méthode de déradicalisation imparable à vos yeux ?
Je n’ai jamais été un adversaire de principe de la peine de mort parce que je considère un certain nombre de crimes comme absolument impardonnables. Que je sache, personne n’a jamais reproché à Israël d’avoir pendu Eichmann et dispersé ses cendres. Toute une tradition philosophique honorable estime qu’un individu ayant renoncé à son humanité peut mériter cette peine. Cela dit, je suis opposé à la peine de mort à cause des risques d’erreur judiciaire. Je suis donc partisan de la perpétuité réelle et d’une peine de “mort civile ”. Les prisons ne sont pas uniquement faites pour réhabiliter les gens, mais aussi pour les mettre hors d’état de nuire. Youssouf Fofana [Ndlr : « Chef du gang des Barbares » qui a séquestré et assassiné Ilan Halimi en janvier 2006.] ne devrait jamais sortir de prison et ne plus être citoyen non plus.
Passons des citoyens perdus pour la France aux jeunes pousses de la nation. En quoi consiste votre projet de service civique ?
Ce service de trois mois se concentrerait sur la transmission des principes de la République et l’évaluation d’un certain nombre compétences scolaires tels que la capacité linguistique. D’une manière générale, il s’agit de faire comprendre les enjeux d’une adhésion sérieuse à la République, en indiquant les sanctions en cas d’écart. Je préconise d’autres mesures en ce sens, comme le paiement de l’impôt par tous les citoyens afin qu’ils soient conscients d’appartenir à une société qui donne un certain nombre d’avantages. Ce me semble être une proposition de Mélenchon.
Mélenchon a partiellement révisé  ses positions en matière d’immigration, passant de l’angélisme à un républicanisme plus affirmé. De votre côté, vous ne prenez pas de gants pour contester la sacrosainte « tradition d’accueil » de la République…
La tradition d’accueil est indiscutable et elle fait partie du droit international depuis qu’il y a un “ droit des gens ”. Mais les choses se présentent très différemment quand nous sommes en présence de vagues migratoires massive. Tant que le Moyen-Orient et l’Afrique subsaharienne seront déstabilisés et miséreux, les vagues de migration continueront. Du coup, se posent plusieurs questions : dans quelle mesure les migrants sont-ils destinés à devenir citoyens ? Et s’ils ne sont pas citoyens, à quel titre sont-ils là ? Sont-ils des touristes, des mendiants, des vagabonds, des assistés ? On n’est plus du tout à la même échelle que lors des précédentes vagues de migrations. Derrière les migrations de masse, il y a d’ailleurs un tourisme très low cost et organisé : 1 200 000 personnes ne se déplacent pas d’Est en Ouest par l’opération du Saint Esprit !
Autre source d’immigration massive, en quelque sorte par auto-engendrement : le regroupement familial (66 000 arrivées en 2015). Souhaitez-vous le remettre en cause ?
Je ne comprends pas qu’on vive sur des slogans et des tabous en dépit du changement des conditions dans lesquels certains principes (aide médicale aux étrangers, droit d’asile, accueil des migrants…) ont été énoncés dans le passé. A sa création sous Giscard, le regroupement familial devait soulager les conditions d’existence et favoriser l’intégration des émigrés des ex-colonies qu’on avait fait venir pour des raisons économiques. Or, dès lors qu’on n’importe plus de la main d’œuvre immigrée, mais qu’on se trouve en face de migrants, pourquoi le regroupement familial devrait-il rester sacré ?
Peut-être parce que notre Etat de droit, Conseil Constitutionnel, en tête, nous y contraint. Au nom de quoi peut-on empêcher un citoyen français d’épouser un étranger et de vivre avec lui en France ?   
Le mariage n’est pas à proprement parler un regroupement familial. L’Etat de droit a dérivé depuis que les politiques se sont déchargés de beaucoup de choix sur des magistrats professionnels dont on ne connaît pas trop les conditions de nomination.  C’est vrai pour le Conseil Constitutionnel, qui a une composition partisane inacceptable, mais aussi pour la Cour Européenne des Droits de l’Homme, la Cour Européenne de Justice et la Cour pénale internationale. Je demande un toilettage de l’Etat de droit pour restaurer un contrôle des citoyens sur leurs magistrats, y compris et surtout au niveau des instances internationales. Je pose juste la question : qui sait comment sont nommés et à quels titres les 47 magistrats de la Cour Européenne des droits de l’homme ?
Vous nous posez une colle ! Et l’indépendance de la justice, parbleu ?
La séparation des pouvoirs, c’est avant tout la distinction de l’exécutif et du législatif, pas l’indépendance de la justice ! C’est ce qui fait la différence selon Montesquieu entre l’Empire ottoman et une République. Montesquieu avait, en revanche, la plus grande réserve quant à l’indépendance absolue de la magistrature : il était magistrat et savait très bien à quel point les magistrats savent faire leurs affaires eux-mêmes.
Certes, nous vous suivrons sur ce point. Mais alors que la France vit une crise généralisée (économique, morale, identitaire), vous ramenez notre désarroi à une simple crise de la citoyenneté. Pourquoi ?
Sans sous-estimer aucun des aspects de cette crise multiforme, j’essaie d’identifier son noyau, dont la clé est le consensus des citoyens pour vivre ensemble et participer à la même communauté politique. Si ce noyau se défait, tous les autres aspects de la crise s’enchaînent sans remède possible. La question du corps politique, qu’on l’appelle Cité, Civitas (la « polis » grecque), République ou « commonwealth », est philosophiquement et ontologiquement première par rapport aux autres.  Sans accord de consensus sur le corps politique, il ne peut y avoir ni démocratie, ni juste répartition juste des richesses, ni quelque accord que ce soit sur la politique économique, fiscale, éducative, etc.
Autrement dit, vous tâchez de renouer le contrat social…
Mon livre est d’une certaine manière un contrat social. Quelle que soit leur diversité, toutes les doctrines du contrat social, de Hobbes à Rousseau en passant par Althusius, Spinoza et Locke, posent la même question : comment une communauté politique suscite et jouit de l’adhésion de ses citoyens ? Pratiquement toutes les révolutions, comme 1789, naissent d’une crise profonde de la communauté politique comme celle que nous traversons aujourd’hui. Ses symptômes vont des incivismes bénins (ne pas se sentir engagé par ses obligations politiques, s’abstenir aux élections) aux incivismes gravissimes que sont les fraudes fiscales organisées ou les actes terroristes. Ceux qui les commettent s’excluent eux-mêmes de la communauté politique. Je trouve extrêmement significatif que les djihadistes, avant de passer à l’acte, prêtent allégeance à l’État islamique et que beaucoup de fraudeurs fiscaux, y compris “ légaux ”, soient en réalité des apatrides vivant confortablement au Luxembourg ou en Belgique. Ça veut tout simplement dire qu’ils renoncent à ou dénoncent leur citoyenneté républicaine.
La crise de la communauté politique vire donc à la crise de l’appartenance nationale !
Non. À la différence d’Alain Finkielkraut, Pierre Manent et beaucoup d’autres, je pense que la référence à l’identité nationale comme base de la citoyenneté est aujourd’hui périmée. Pendant très longtemps, la citoyenneté n’a pas été liée à la nation et à la nationalité. La Révolution française a reposé sur le volontarisme politique, c’est-à-dire que la communauté politique repose sur l’adhésion volontaire et consciente des citoyens quelle que soit leur nation d’origine. Certes, on a ensuite traversé un très long épisode, de la fin du XVIIIe siècle jusqu’à une grande partie du XXe siècle, où citoyenneté et nation se confondent. De nos jours, le mélange des populations, les migrations, et l’héritage postcolonial rendent quasiment impossible de reconstruire de gré ou de force une identité nationale dans notre société plurielle. Aussi, je préfère construire une identité uniquement civique. Demander l’adhésion des citoyens à un certain nombre de principes généraux se révèle beaucoup plus facile que d’obtenir leur croyance en un récit national uniforme. Un français d’origine malienne peut prêter serment à la République mais on ne va pas lui demander de jouer à Astérix !
Pourtant, Ernest Renan postule que la nation, ce « plébiscite de tous les jours » s’appuie aussi sur un héritage commun…
Je ne rejette pas l’héritage commun – mais c’est celui de tous les pays démocratiques européens : la croyance dans les principes de liberté, d’égalité et de solidarité face aux accidents de la vie. A mon sens, ces piliers suffisent à reconstruire la communauté. Si un Bachi-Bouzouk veut vivre dans la tradition républicaine de la Révolution, il en a tout à fait le droit –mais aussi les obligations.
Vous donnez le sentiment de négliger toute une dimension a-rationnelle de l’homme. Mais le citoyen n’est pas un individu hors-sol, tout citoyen a besoin d’un ancrage identitaire. N’avez-vous pas tendance à dégager tout ce qui n’entre pas dans votre schéma rationaliste ?
C’est un argument que j’avais envisagé sérieusement dans mon essai sur le mérite1 lorsque j’analysais les principes de justice de John Rawls. A l’époque où j’avais écrit ce livre en 2009, je pensais que Rawls et les kantiens ne tenaient pas assez compte de l’épaisseur humaine, de la dimension culturelle, des passions, des émotions, etc. Mais dans nos sociétés composites, si on prend en compte toute cette dimension affective, on tombe sur deux écueils : le communautarisme ou le dissensus absolu. Hélas, je ne peux trouver aucun terrain d’entente affectif avec quelqu’un qui croit en la toute-puissance de Dieu. La seule chose que je lui demande, c’est de garder sa croyance en Dieu pour lui mais d’admettre en tant que citoyen des principes tels que la liberté de religion et la liberté d’apostasie.
En tant que rousseauiste, vous exprimez parfois une conception plus épaisse de la citoyenneté qui frise parfois la religion civile. Ainsi, vous regrettez certaines pratiques anciennes de bannissement des citoyens ayant trahi la communauté…
Rousseau prône une religion civile qui est la religion de l’adhésion au contrat social. L’auteur de l’Emile croit que l’homme étant fondamentalement un animal religieux, il a besoin de cette religion. Là-dessus, j’ai un point de vue plutôt voltairien qui consiste à voir dans l’homme un animal utilitariste qui sait calculer ses intérêts. L’appartenance à une communauté politique qui vous assure un certain nombre de droits se mérite et implique une certaine loyauté – et elle a des avantages bien nets. Dès lors qu’il se montre déloyal, il est tout à fait légitime de priver un citoyen des avantages de la communauté par un système de sanctions graduelles. Et je ne pense pas qu’aux terroristes, mais aussi aux exilés fiscaux.
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  1. Qu’est-ce que le mérite ? (Folio, 2011). 

Le scandale Qatar-Fifa-Coupe du monde 2022

Qatar 2022 : 2 millions de dollars versés à une fille de dix ans d'un dirigeant de la Fifa ?

Par Le Scan Sport , AFP agence Mis à jour le 27/06/2017 à 12:13 Publié le 27/06/2017 à 11:25
LE SCAN SPORT - Le quotidien Bild a décortiqué le rapport Garcia sur l'attribution des Mondiaux de foot 2018 et 2022 et relevé plusieurs pratiques douteuses.

Qatar 2022 : 2 millions de dollars versés à une fille de dix ans d'un dirigeant de la Fifa ?

Dans un extrait de l'article publié lundi soir, le quotidien allemand Bild assure s'être procuré le rapport de plus de 400 pages de l'ex-procureur américain sur l'attribution des Mondiaux de foot au Qatar et à la Russie et qui n'a jamais été publié par la Fifa. Selon le journal, ce rapport Garcia révèle qu'»un ancien membre exécutif (de l'instance mondiale, ndlr) a félicité des membres de la Fédération qatarie et les a remerciés par mail pour un virement de plusieurs centaines de milliers d'euros» juste après l'attribution de la compétition au Qatar.

«Deux millions de dollars de provenance inconnue ont en outre atterri sur le livret d'épargne de la fille de 10 ans d'un membre de la Fifa», poursuit le quotidien allemand. Bild ajoute que «trois membres exécutifs de la Fifa disposant d'un droit de vote sont allés à une fête à Rio dans un jet privé de la Fédération qatarie de foot avant le vote pour l'attribution de la compétition». Le plus grand centre sportif du monde, «Aspire Academy», une organisation qatarie, a également «été impliqué de manière décisive dans la manipulation des membres de la Fifa disposant d'un droit de vote», complète le journal. Contactée par l'AFP, la Fifa ne souhaitait «pas réagir à chaud» lundi soir, selon un porte-parole.


Syrie

Washington menace Damas, accusé de préparer une autre attaque chimique
Par lefigaro.fr Mis à jour le 27/06/2017 à 11:29 Publié le 27/06/2017 à 08:51

Le régime syrien de Bachar el-Assad préparerait une nouvelle attaque chimique, avancent les États-Unis, qui se disent prêts à riposter comme ils l'avaient fait après l'attaque du 4 avril à Idleb.

La tension va croissante entre les États-Unis et la Syrie. Dans la nuit de lundi à mardi, Washington a accusé Damas de préparer une nouvelle attaque chimique similaire à celle attribuée au régime qui avait fait88 morts le 4 avril dernier dans la province d'Idleb. «Les États-Unis ont identifié de potentiels préparatifs d'une autre attaque chimique par le régime syrien d'Assad qui pourrait provoquer le massacre de civils, y compris des enfants innocents», écrit le porte-parole de la Maison-Blanche Sean Spicer dans un communiqué. Ces activités «sont similaires aux préparatifs du régime avant son attaque à l'arme chimique du 4 avril», ajoute-t-il.

Cette attaque avait provoqué une riposte militaire des États-Unis, qui avaient tiré 59 missiles contre une base aérienne en Syrie, marquant la première intervention armée de Washington contre le régime de Damas. Si le président syrien lançait une autre attaque à l'arme chimique «lui et son armée paieraient le prix fort», a prévenu Sean Spicer.

«Toute nouvelle attaque lancée à l'encontre de la population syrienne sera attribuée à Assad, mais également à la Russie et à l'Iran qui l'ont aidé à tuer son propre peuple», a pour sa part prévenu, lundi soir, dans un tweet, Nikki Haley, l'ambassadrice américaine à l'ONU.

L'attaque chimique présumée du 4 avril à Khan Cheikhoun, dans la province rebelle d'Idleb (au nord-ouest du pays) avait fait 88 morts, dont 31 enfants, provoquant l'indignation de nombreuses capitales qui avaient mis en cause le régime de Bachar el-Assad. Ce raid était, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), la deuxième «attaque chimique» la plus meurtrière depuis le début du conflit en 2011 après celle au gaz sarin quiavait fait plus de 1400 morts dans la banlieue de Damas en 2013.

Damas et Moscou réfutent les accusations occidentales. Le président américain Donald Trump avait fait part de son émotion après l'attaque du 4 avril notamment en raison du nombre élevé d'enfants tués. Les États-Unis avaient riposté dans la nuit du 6 au 7 avril, en tirant 59 missiles de croisière Tomahawk depuis deux navires américains en Méditerranée vers la base aérienne d'Al-Chaayrate, près de Homs.

Un Sukhoï-22 abattu par l'US Navy

Sean Spicer a tenu a rappeler dans son communiqué lundi que l'objectif des États-Unis en Syrie est uniquement de lutter contre le groupe Etat islamique et pas de lancer une guerre contre le régime d'Assad. Les États-Unis sont officiellement présents en Syrie pour conseiller et pour armer les Forces démocratiques syriennes (FDS) qui luttent contre le groupe EI.

Mais cette mise en garde a lieu dans un contexte de poussée de fièvre entre le régime syrien et les forces soutenues par les États-Unis dans le pays, qui fait planer le spectre d'une confrontation militaire avec le régime de Damas. Les États-Unis ont ainsi abattu le 18 juin un avion syrien dans l'est de la Syrie, expliquant que l'appareil menaçait des FDS alliées de la coalition.

Et à trois reprises au moins depuis le début mai dans la région d'Al-Tanaf, près de la frontière avec l'Irak et la Jordanie, les forces américaines ont bombardé des forces pro-régime qui menaçaient des soldats de la coalition. Ces tensions ont par ricochet détérioré les relations avec la Russie, alliée du régime syrien, qui avait dénoncé comme un «acte d'agression» la destruction de l'avion syrien, reprochant à Washington de ne pas l'avoir prévenue.

Emmanuel Macron: «L’Europe n’est pas un supermarché. L’Europe est un destin commun»

https://www.letemps.ch/monde/2017/06/21/emmanuel-macron-leurope-nest-un-supermarche-leurope-un-destin-commun

«Le Temps» a fait partie des huit journaux conviés par Emmanuel Macron à l’Elysée pour son premier entretien comme président. Il s’exprime sur l’Europe et la diplomatie française revisitée, à la veille du sommet de Bruxelles ce jeudi.
Un seul sujet pour cet entretien accordé par Emmanuel Macron à huit journaux européens (Le Figaro, Süddeutsche Zeitung, Le Soir, The Guardian, Corriere Della Serra, El Pais, Gazeta Wiborcza et Le Temps): la place de la France sur la scène internationale.
Sur l’organisation de cette interview: A l’Elysée, un président côté jardin
Deux jours après la nette victoire de La République en marche aux législatives du 18 juin, la politique intérieure n’a pas été évoquée. Tout le reste, en revanche, était à l’agenda. Y compris la candidature parisienne aux JO 2024, que le président français viendra défendre en personne à Lausanne devant la commission d’évaluation du CIO, le 11 juillet prochain.
Le Temps: Vous venez d’acquérir une légitimité nouvelle après la victoire de La République en marche aux élections législatives. C’est un atout au service de votre leadership en Europe?
Emmanuel Macron: Le leadership ne se décrète pas. Il se construit en entraînant d’autres pays, d’autres acteurs et il est constaté, vu les résultats qu’on obtient. Il serait présomptueux de dire dès à présent que la France exerce un nouveau leadership européen. La vraie question est celle de l’objectif de notre action. Et le point de départ, c’est la crise que traversent les démocraties occidentales qui se sont construites au XVIIIe siècle sur un équilibre inédit entre la défense des libertés individuelles, la démocratie politique et la mise en place des économies de marché.
Un cycle vertueux a permis aux libertés individuelles d’être reconnues, au progrès social de se développer et aux classes moyennes d’avoir une perspective de progrès. Depuis la fin des Trente Glorieuses, le doute s’est installé. La France en a fait la cruelle expérience, elle qui avait sans doute le modèle social le plus élaboré. Quand nous regardons la planète aujourd’hui, que voyons-nous? Une montée des démocraties illibérales [c’est-à-dire dire contraires au libéralisme, ndlr] et des extrêmes en Europe, la réémergence de régimes autoritaires qui mettent en cause la vitalité démocratique et des Etats-Unis d’Amérique qui se retirent en partie du monde.
La question première n’est donc pas de savoir s’il y a ou non un leadership français, de savoir si nous bombons le torse plus fort que les autres. Elle est d’abord de savoir comment défendre notre bien commun à tous, c’est-à-dire la liberté et la démocratie, la capacité des individus et de nos sociétés à être autonomes, à rester libres, à assurer la justice sociale et à préserver notre planète à travers le climat. Sans ces biens communs, il n’y a pas d’avenir souhaitable ni durable. Notre défi est de savoir comment nous allons gagner cette bataille dont l’Europe, j’en suis convaincu, porte la responsabilité. Pourquoi? Parce que la démocratie est née sur ce continent. Les Etats-Unis d’Amérique aiment autant que nous la liberté. Mais ils n’ont pas notre goût pour la justice. L’Europe est le seul endroit au monde où les libertés individuelles, l’esprit de démocratie et la justice sociale se sont mariés à ce point. Va-t-elle réussir à défendre ses valeurs profondes, dont elle a irrigué le monde pendant des décennies ou va-t-elle s’effacer devant la montée des démocraties illibérales et des régimes autoritaires? Telle est la question.

26 juin 2017

Le nouveau califat de Turquie

En Turquie, le régime d'Erdogan grignote les biens des minorités religieuses (27.06.2017)
Par Thierry Oberlé Mis à jour le 27/06/2017 à 10:07 Publié le 26/06/2017 à 19:31

Situé près de la ville de Midyat, le monastère de Mor Gabriel est engagé dans une bataille juridique dont l'enjeu est le maintien de son intégralité territoriale

L'État turc tire profit d'une faille juridique pour placer sous son contrôle des sites appartenant à la communauté chrétienne.

En Turquie, l'État poursuit sa politique de grignotage des biens des minorités religieuses. Dans le sud-est du pays, il vient de placer sous son contrôle une soixantaine d'églises, de cimetières et de propriétés appartenant à la communauté chrétienne. Le transfert de ces sites sous le terme générique - «lieux de culte» - pourrait permettre à moyen terme de les transformer en mosquées, si tel était le souhait des autorités, ou d'y nommer des imams.

Cette opération ne marque pas un tournant dans la politique du régime, mais confirme un double discours. Plus ouvert que ses prédécesseurs à la question des droits des minorités chrétiennes (0,1% de la population), Recep Tayyip Erdogan s'est présenté comme l'ordinateur suprême du destin de Mor Gabriel, l'un des plus anciens monastères chrétiens du monde. Dans le même ...

Turquie : comment le pouvoir cadenasse la justice (27.06.2017)

Par Delphine Minoui Mis à jour le 26/06/2017 à 20:18 Publié le 26/06/2017 à 19:58

Depuis la tentative de putsch du 15 juillet 2016, l'imposant palais de justice de Caglayan, à Istanbul, ne désemplit pas.
ENQUÊTE - Un an après le coup d'État manqué, nombre de magistrats sont sous les verrous et les avocats sous pression.
Correspondante à Istanbul

Ils sont une vingtaine d'avocats, robe noire sur les épaules, rassemblés dans l'atrium du tribunal de Caglayan. «Liberté pour la défense!», annonce en turc un autocollant collé sur leurs poitrines. Au-dessus du slogan, trois photos: celles d'Akin Atalay, Bülent Uktu et Mustafa Kemal Güngör, leurs confrères embastillés pour avoir travaillé au journal d'opposition Cumhuriyet, dans le collimateur du pouvoir. En face du sit-in, une muraille de policiers guette le moindre faux pas. Dehors, à quelques mètres de là, les fourgonnettes attendent sur le parking. Triste symbole d'une justice de ...


ISTANBUL : LE CENTRE CULTUREL ATATÜRK EN VOIE DE DÉMOLITION
Par LIBERATION avec AFP
— 26 juin 2017 à 11:32

La façade du centre culturel Atatürk, à Istanbul, le 13 juin.
Le président Erdogan veut détruire le bâtiment abandonné situé place Taksim pour en faire un opéra. Au mépris de la portée symbolique du lieu.

La façade du centre culturel Atatürk, à Istanbul, le 13 juin.
La façade du centre culturel Atatürk, à Istanbul, le 13 juin. Photo Ozan Kose. AFP  
A Istanbul, dominant l’emblématique place Taksim, une bâtisse aux vitres fracassées et à la façade tapissée d’affiches est appelée à disparaître pour laisser la place à un Opéra digne d’une ville de 18 millions d’habitants. «C’est fini, nous allons l’abattre pour doter Istanbul d’un nouveau bel édifice, a expliqué le président, Recep Tayyip Erdogan, le 12 juin, lors d’un repas de rupture de jeûne avec des artistes. Nous voulons que la ville d’Istanbul ait le centre culturel et artistique qu’elle mérite.» La phrase a suscité des réactions plutôt positives dans le monde des arts, mais a aussi entraîné une controverse, car l’édifice en voie de démolition n’est autre que le centre culturel Atatürk (AKM), nommé en l’honneur du fondateur de la Turquie moderne.

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Le jardin de Gezi, échappée belle de Taksim

Tout ce qui touche à l’héritage du père de la République turque déchaîne les passions en Turquie et l’AKM, bien qu’abandonné depuis des années, symbolise une tradition laïque et une conception occidentale de la culture associées à Atatürk, mort en 1937. Depuis son inauguration en 1969, l’AKM, mastodonte à la façade en verre, a connu une histoire mouvementée, voire maudite. Ravagée par un incendie en 1970, la salle de spectacle a été reconstruite et n’a rouvert qu’en 1978. L’AKM a ensuite été le clou de la vie culturelle stambouliote pendant trois décennies, avant d’être fermé en 2008 pour rénovation.

Mais les travaux n’ont jamais eu lieu et le bâtiment a été livré à l’usure, témoin immobile des tumultes de la scène politique turque. La place Taksim est souvent l’épicentre de leur expression populaire, comme ce fut le cas lors des protestations dites de Gezi en 2013 contre Erdogan, alors Premier ministre, ou les rassemblements de ses partisans en 2016 après un putsch manqué.

«Spectacles d’un niveau plus élevé»
La fermeture de l’AKM a eu un impact considérable sur la vie culturelle stambouliote, la plupart des compagnies d’opéra et des troupes de ballet se produisant depuis au Süreyya Operasi, magnifique bâtiment des années 20, mais trop exigu pour accueillir des spectacles de grande ampleur. «On attendait une salle de concert digne de ce nom et l’annonce faite par le président Erdogan nous réjouit», affirme Yesim Gurer Oymak, directrice du festival de musique d’Istanbul, organisé par la Fondation d’Istanbul pour la culture et les arts (IKSV). «De plus en plus d’orchestres internationaux et de grosses productions vont pouvoir venir à Istanbul et des troupes turques vont pouvoir présenter des spectacles d’un niveau plus élevé», ajoute-t-elle.

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Istanbul : la police fait usage de balles en caoutchouc pour disperser la Gay pride

Si le projet venait à se réaliser, il doperait l’attractivité de la place Taksim, en berne depuis les manifestations de 2013 et la série d’attentats qui ont frappé Istanbul l’année dernière.

L’AKM, à l’architecture parallélépipédique, symbolise pour de nombreux Turcs «l’ancienne Turquie», avant l’avènement en 2002 du Parti islamo-conservateur de la justice et du développement (AKP) d’Erdogan. Le quotidien progouvernemental Daily Sabah l’a ainsi décrit comme «une verrue à l’architecture terne» et un «sinistre souvenir» des années 60.

«Symbole de Taksim»
Mais pour d’autres, l’AKM est le symbole de la République moderne fondée par Atatürk – féru d’opéra – et doit être rénové au lieu d’être démoli. Sami Yilmaztürk, responsable de la branche stambouliote de l’ordre des architectes turcs, considère que la démolition prévue de l’AKM «s’inscrit dans le cadre d’un projet visant à stopper la modernisation et détruire la République».

Sur la place Taksim, à l’ombre de la coquille vide qu’est devenu le bâtiment, les avis sur le nouveau projet divergent. «Ce bâtiment est le symbole de Taksim. Ils vont défigurer le visage de Taksim, car je ne crois pas qu’on aura mieux avec le nouveau projet», dit Hacer, âgée d’une cinquantaine d’années. Gurer Oynak, rencontré au pied de l’édifice, imagine un possible compromis dans le débat : garder la façade et reconstruire entièrement les autres parties du bâtiment. «L’AKM a laissé une trace importante dans l’identité de cette ville. J’aimerais voir la façade préservée, car elle fait partie de notre mémoire», conclut-il.


LIBERATION avec AFP

Istanbul : la police fait usage de balles en caoutchouc pour disperser la Gay pride
Par LIBERATION, avec AFP — 25 juin 2017 à 18:14

Des policiers turcs bloquent une rue pour empêcher la tenue de la Marche des fiertés à Istanbul, le 25 juin.
Des policiers turcs bloquent une rue pour empêcher la tenue de la Marche des fiertés à Istanbul, le 25 juin. Photo : Bulent Kilic. AFP 

La police turque a fait usage de balles en caoutchouc dimanche pour empêcher une quarantaine de manifestants de tenir la parade annuelle de la «Gay Pride» sur la place Taksim au centre d’Istanbul, au lendemain d’une interdiction de ce rassemblement décidée par les autorités locales. Au moins quatre personnes ont été interpellées, alors que les policiers étaient plus nombreux que les participants.

Après des menaces de groupes conservateurs et d’extrême droite, les autorités avaient annoncé samedi interdire cette Marche des fiertés LGBTI pour préserver «l’ordre public» et la «sécurité des touristes». Les organisateurs avaient alors annoncé qu’ils maintiendraient l’événement et encore affiché dimanche leur détermination, assurant dans un communiqué : «nous n’avons pas peur, nous sommes là, nous ne changerons pas. Vous avez peur, vous changerez et vous vous y habituerez».

Avant la manifestation sur la célèbre place Taksim, d’importantes forces de police présentes dans le quartier avaient bouclé plusieurs accès, selon une journaliste de l’AFP.

La Marche des fiertés d’Istanbul avait rassemblé en 2014 des dizaines de milliers de personnes et constituait l’un des principaux événements LGBT au Moyen-Orient. Elle est interdite depuis 2015 lorsque, selon l’association des LGBTI, les autorités avaient mis en cause la coïncidence de l’événement avec le ramadan. En 2016, l’interdiction avait invoqué des raisons de sécurité alors que le pays était frappé par des attentats meurtriers liés aux jihadistes du groupe Etat islamique ou aux séparatistes kurdes.

Dans un cas comme dans l’autre, les manifestants avaient bravé ces interdictions et avaient été dispersés violemment par les forces de l’ordre. Cette semaine, onze militants ont été jugés à Istanbul pour avoir bravé l’interdiction de la Gay Pride de 2016, mais ils ont été acquittés. Les années précédentes, ces manifestations s’étaient déroulées sans incidents.

L’homosexualité n’est pas pénalement réprimée en Turquie, mais l’homophobie y reste largement répandue.



ccc
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